La filière Foie Gras redémarre

La filière Foie Gras redémarre et se mobilise pour sécuriser la production

La date du 29 mai est déterminante pour la filière française du Foie Gras : en effet, elle marque le retour des animaux dans les exploitations des zones du Sud-Ouest de la France durement touchées par l’épizootie d’influenza aviaire H5N8  (Gers, Landes, Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées).

Un soulagement pour les professionnels, mais tout n’est pas réglé pour autant.

Au total, les pertes financières liées à l’épizootie de H5N8 en 2016/2017 dépasseront les 350 millions d’euros (vs 270 millions d’euros pour l’épizootie H5N1 de 2015/2016). Si le cadre des indemnisations est d’ores et déjà établi pour une grande partie de la filière, les versements se font encore attendre. Une attente insoutenable, en particulier pour les exploitations à l’arrêt depuis décembre, ainsi que pour les entreprises de transformation, pour lesquelles les mesures d’accompagnement suite au précédent épisode de 2015/2016 sont toujours en discussion.

Concernant les règles de redémarrage : le Pacte national de lutte contre l’influenza aviaire établi le 13 avril dernier entre le Ministère de l’Agriculture, le CIFOG, les collectivités territoriales, les banques, les transporteurs,… reprend une grande partie des propositions du plan de sécurisation préparé par l’interprofession et tenant compte de tous les modes d’élevages.
Une nouvelle règle de production oblige désormais toute exploitation accueillant plus de  3 200 palmipèdes en élevage d’être en capacité de protéger les animaux si le risque sanitaire passe en niveau élevé (arrêté du 5 mai 2017). Des éléments complémentaires sur la protection de l’alimentation et de l’abreuvement, les durées de vide sanitaire, la conduite des élevages et le respect des règles de biosécurité sont attendus pour ce mois de juin. D’autre part, la mise en œuvre d’un système d’alerte sanitaire et le renforcement de la règlementation des transports sont en cours de finalisation.

Dans ce contexte, les professionnels du Foie Gras ont un vrai sujet de satisfaction : malgré cette crise, les consommateurs restent confiants, fidèles et très attachés au Foie Gras.
En effet, selon la dernière enquête CIFOG/CSA de ce mois de mai[1], 92% des Français déclarent consommer du Foie Gras. Parmi eux, 80% envisagent déjà d’en acheter pour les prochaines fêtes de fin d’année et 16% ne sont pas encore totalement décidés, soit un potentiel d’acheteurs de 96% à 7 mois de la période festive !
Une raison supplémentaire pour les professionnels de mettre tout en œuvre pour un redémarrage efficace et sécurisé de la production afin de pouvoir offrir aux consommateurs leur incontournable produit des fêtes de fin d’année qu’est le Foie Gras.

 

12 millions de canards perdus pour la production française de Foie Gras en 2017

Le plan d’abattages préventifs décidé par les services du Ministère de l’Agriculture a concerné près de 4,5 millions de canards, dont 1,9 million d’animaux décimés dans les exploitations touchées par le virus.
Un chiffre auquel il faut ajouter le nombre de canards qui n’ont pas pu être mis en production durant l’épizootie et le vide sanitaire, que le CIFOG estime à 7,5 millions de têtes.
Au total, ce sont donc près de 12 millions de canards perdus pour la production française de Foie Gras, ce qui va à nouveau mécaniquement faire baisser la production française.        
 

Tous les acteurs de la filière touchés sur 5 départements

Tous les maillons de la filière Foie Gras ont subi les conséquences de l’épizootie d’influenza aviaire et de son plan d’éradication : les couvoirs, les producteurs et les entreprises de transformation.

Par ailleurs, l’épizootie et le plan d’éradication ont également eu d’importantes conséquences collatérales sur la fabrication d’aliments, le transport des animaux, le transport de denrées, les ressources pour les organisations de production, les prestataires de service, etc.


Au moins 350 millions d’euros de pertes financières estimées

Les pertes financières pour l’ensemble des maillons de la filière (accouvage, élevage, transformation) sont à ce stade estimées à plus de 350 millions d’euros dans les quelques départements concernés. Le secteur de l’accouvage a été très sévèrement touché et l’avenir de certaines entreprises est à court terme menacé. En effet, on estime que les pertes se répartissent ainsi : 50 millions d'euros pour l'accouvage, 31,4 millions pour le dépeuplement, 86 millions pour les pertes de production à l'amont et 180 millions d'euros pour l'aval.

D’autre part, vont s’ajouter à ces pertes financières, les coûts induits par les règles de production qui exigent de nouveaux investissements, une baisse des densités d’animaux dans les exploitations impliquant une baisse de la production.

 

Le CIFOG déplore les retards de versement des indemnisations :

Si le dispositif d’indemnisation de l’amont de la filière a bien été mis en place dans les délais pour le précédent épisode H5N1 de 2015/2016, les soldes (30%) ne sont toujours pas versés. De plus, l’aide à la perte de production des entreprises de transformation les plus sinistrées n’est toujours pas en place, que ce soit pour les très petites entreprises ou pour les plus grandes structures. En conséquence, plusieurs d’entre elles sont en très grande difficulté financière cette année.

Concernant l’épisode H5N8 de cette année, le même dispositif d’avance de 50 % des aides n’est que partiellement en place. Des exploitations spécialisées en gavage concernées par l’arrêt de la production n’ont plus de revenu depuis décembre et ne redémarreront qu’en septembre prochain.

De plus aucun dispositif spécifique n’est en place à ce jour pour venir compenser les pertes considérables des entreprises de transformation à nouveau impactées par ce second épisode d’influenza aviaire.

Les professionnels attendent donc de toute urgence :

  • Le versement des aides promises pour solder l’épisode H5N1 (production et transformation),
  • Que les premiers dossiers d’avance de 50% des pertes déjà reçus par l’administration puissent être traités sans attendre la date butoir de dépôt des dossiers le 9 juin prochain,
  • Qu’un dispositif de compensation des pertes pour les entreprises de transformation soit mis en place.

 

Des règles de production pour sécuriser le risque sanitaire

Le CIFOG a mené un important travail de concertation en amont et proposé dès le 19 janvier dernier aux Pouvoirs publics un plan de sécurisation du risque sanitaire tenant compte de tous les modes d’élevages. Ce plan a servi, en grande partie, de base à la création du Pacte de lutte contre l’influenza aviaire associant État, profession, banques et collectivités territoriales.

Dans le cadre du Pacte de lutte contre l’influenza aviaire du 13 avril 2017, une nouvelle règle a déjà été actée : la capacité de garder les animaux à l’intérieur des bâtiments d’élevage. L’arrêté du 5 mai 2017 impose que toute exploitation supérieure à 3 200 animaux en élevage soit en capacité de protéger ses animaux en cas de passage en risque sanitaire élevé.

En revanche, d’autres points essentiels du plan de sécurisation du risque sanitaire ne sont pas encore clairement arrêtés :

  • Conduite en bandes uniques pour les élevages de palmipèdes prêt-à-gaver qui ne fonctionnent pas en autarcie (auto-fourniture pour la salle de gavage de l’exploitation) :        
    • Parce que la conduite d’une exploitation en bande unique est garante d’un cycle efficace de lutte contre les virus (sortie des animaux + nettoyage/désinfection + 14 jours de vide sanitaire), le CIFOG a souhaité dans sa proposition d’accord interprofessionnel le passage en bande unique par site d’exploitation à partir de septembre 2018.
    • Tout nouveau projet appliquera la conduite en bande unique. En cas de changement d’Organisation de Production, le producteur mettra en place la bande unique immédiatement.
    • Des dispositions particulières et adaptées sont proposées pour les circuits courts et les productions sous Label Rouge et autres productions particulières (Canard de Barbarie, oie) …
  • Application de durées de vides sanitaires obligatoires pour tous, pour chaque étape d’élevage et adaptées à chaque mode de production : 14 jours pour les bâtiments d’élevages, 42 jours pour les parcours en plein air ou encore 48 heures pour les salles de gavage ainsi que 14 jours consécutifs dans l’année.
  • Mise en place d’un système d’alerte sanitaire par les vétérinaires sous l’autorité des Pouvoirs publics et relayé à l’ensemble des intervenants de la filière par les professionnels. Ce dispositif permettra de ne pas prendre de retard dans l’information d’un éventuel cas d’Influenza détecté. Ce système d’alerte s’appuiera sur un dispositif obligatoire de déclaration de mise en place d’animaux dans tous les élevages de la filière longue, mais également pour les producteurs à la ferme, dans le cadre de la Base de Données Avicole. Cette mesure permettra de tenir un tableau de bord fiable des élevages pour pouvoir agir rapidement.
  • Sécurisation des étapes de transport           
  • Professionnalisation de l’activité des intervenants extérieurs aux côtés des éleveurs dans les exploitations, à travers la mise en place d’un guide des bonnes pratiques pour leurs interventions.

 

Manque structurel de canetons et plan de surveillance des élevages retardent un retour à la pleine activité

Un plan de surveillance drastique est entré en vigueur pour accompagner les nouvelles mises en place d’animaux. Ainsi, tous les lots sont analysés à la sortie sur parcours. Les éleveurs doivent se signaler à la DDCSPP (Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations) afin de pouvoir remettre des canetons et oisons en place. Les exploitations dont l’APDI (Arrêté Préfectoral de Déclaration d’Infection) n’est pas levée ne peuvent pas remettre en place de nouveaux animaux dans leurs exploitations.
D’autre part, les Couvoirs du Sud-Ouest, sinistrés, ne pourront retrouver leur pleine capacité de production qu’au printemps 2018.
Ces conditions retardent d’autant la montée en puissance du redémarrage de la filière.

 

Enquête CSA mai 2017 : le Foie Gras indétrônable - plus de 9 Français sur 10 en consomment

Malgré cette crise traversée par la filière, les Français confirment leur fidélité à toute épreuve pour le Foie Gras ! Selon la dernière enquête CIFOG/CSA de mai 2017, les Français sont 92% à déclarer en consommer. Parmi eux, 85% en ont acheté pour les fêtes de fin d’année 2016 et ils sont déjà, 7 mois avant la période festive, 80% à envisager d’en acheter fin 2017 et 16% à ne pas avoir encore arrêté leur décision.

L’épisode d’influenza aviaire n’a donc pas eu d’impact sur la consommation des Français, pour qui le Foie Gras reste indétrônable : 76% des consommateurs ont même augmenté leur consommation en 2016 par rapport à 2015 !

Les Français sont, en effet, très attachés au Foie Gras, ils sont 97% à estimer qu’il « fait partie du patrimoine gastronomique français ».

Les Français accordent également une large confiance à la production française de Foie Gras. Pour eux, ce savoir-faire Made in France est notamment une garantie de « qualité gustative » (80%) et de « respect des réglementations en vigueur » (77%).

 

La filière Foie Gras : un rôle majeur pour l’économie et l’image de la France

Avec un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros, la filière du Foie Gras joue un rôle majeur dans l’économie française, principalement au cœur de quelques régions (Sud-Ouest, Alsace, Pays de la Loire, Poitou Charente, Bretagne…).

Les principaux départements touchés par cette épizootie de H5N8 (Landes, Gers, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées) représentent 52% de la production nationale.

La filière dans son ensemble fait vivre 30 000 familles dans toutes les régions de France, contribue au maintien de 100 000 emplois directs et indirects et participe au rayonnement culturel et gastronomique de l’Hexagone dans le monde.

 

[1] Enquête CIFOG/CSA menée du 5 au 11 mai 2017 sur un échantillon national représentatif de 1 003 Français de 18 ans et plus.