Influenza Aviaire : le CIFOG préparer la sortie de crise

Alors que l’épisode très violent d’Influenza Aviaire qui frappe les élevages depuis près de 2 mois est en voie de stabilisation, la filière se mobilise désormais sur l’analyse des différents facteurs et prépare la sortie de crise.

Il s’agit d’étudier précisément les caractéristiques de cet épisode pour prendre au plus vite les mesures adéquates en concertation avec tous les acteurs de la filière et les scientifiques.

Cette nouvelle phase a d’ores et déjà débuté cette semaine au travers d’échanges avec les syndicats agricoles et les professionnels concernés dans tous les modèles de production.

Le CIFOG a mené une première étude sur les densités de palmipèdes dans la principale zone touchée : elle sera présentée à l’occasion de son Conseil d’Administration jeudi 4 février. Le CIFOG questionnera également Gilles Salvat, directeur général délégué recherche et références à l’ANSES, et Jean-Luc Guérin, professeur en aviculture et médecine aviaire, afin de déterminer les meilleures actions pour pérenniser durablement l’élevage de palmipèdes dans cette région.

Le CIFOG tient à rappeler qu’en période à risque, la mise à l’abri de tous les animaux pour les protéger d’une contamination par les oiseaux sauvages est une nécessité temporaire et ne remet absolument pas en cause la pratique de l’élevage en plein air. Ainsi, l’accès au parcours reste une priorité, quel que soit le modèle de production.

Pour mieux comprendre la situation, le CIFOG (Interprofession du Foie Gras) partage ici l’interview de Gilles Salvat, directeur général délégué recherche et références à l’ANSES, qui explique l’origine de cet épisode d’Influenza Aviaire et avance de nouvelles solutions pour préserver les élevages dans le futur.

Quelle est votre analyse de la situation et quels sont les facteurs qui ont engendré ce nouvel épisode d'influenza aviaire ?

Cette nouvelle épizootie d’influenza aviaire est la conséquence de plusieurs facteurs :

La circulation massive cette année d’un virus hautement pathogène et contagieux au sein de la faune sauvage, proche de celui de 2016-2017, et qui a engendré de fortes mortalités chez les anatidés sauvages dès le mois de septembre au Kazakhstan, puis fin octobre, et au cours du mois de novembre, en mer Baltique et mer du Nord.

La migration descendante de ces oiseaux infectés a conduit à la contamination de l’environnement et à l’introduction du virus dans de nombreux élevages de volailles (y compris dans des élevages en claustration) dans les pays d’Europe du Nord. En France, plusieurs élevages, dont des élevages de canards sur parcours (sous dérogation alors que le niveau de risque élevé déclaré sur l’ensemble du territoire métropolitain imposait la claustration de l’ensemble des espèces sensibles au virus), ont été infectés. Les oiseaux sauvages sont particulièrement attirés par les animaux avec des biologies d’espèces proches et donc par les canards sur parcours (a fortiori si ces parcours sont à proximité de plans d’eau).

À partir des foyers initiaux (en faible nombre), imputables à un contact avec la faune sauvage, l’épizootie s’est propagée de proche en proche du fait de la grande densité d’élevages et de canards dans la zone de la Chalosse. La forte contagiosité du virus et les grandes quantités de particules virales émises par les canards, par les voies respiratoires et surtout digestives, ont entrainé une forte contamination de l’environnement et une propagation du virus entre les élevages par les mouvements de matériels, de personnes, de canards entre les élevages et les salles de gavages, par les failles dans la biosécurité (changements de tenue et de chaussures), etc.

Les conditions météorologiques de la période (froid et fortes pluviométries) favorisent la survie du virus pendant plusieurs semaines dans l’environnement et donc probablement sa dissémination par le transport indirect de boues contaminées par exemple (les roues des véhicules agricoles utilisés pour le paillage ou d’autres véhicules circulant sur les chemins et les voies secondaires). La contamination aéroportée (tempêtes) joue vraisemblablement un faible rôle et sur quelques dizaines de mètres pour le transport du virus, le vent ayant plutôt un rôle de dilution du virus dans l’air et de diminution des concentrations dans les aérosols. Cependant on ne peut exclure la dissémination par le vent de supports contaminés par le virus (feuilles, plumes).

Les premières données issues de l’interprétation de séquences des virus qui circulent dans le département des Landes nous confirment que le nombre de foyers initiaux dus à l’introduction par la faune sauvage est faible et que les virus se sont propagés à partir de ces foyers initiaux trouvant, du fait de la trop forte densité d’élevages et de canards, les conditions propices à leur multiplication et à leur transmission.

Quelles sont les clés pour rebondir ou moyens à mettre en œuvre pour sécuriser le Sud-Ouest lors des périodes à risque ?

La priorité est de mettre en place toutes les mesures permettant d’éviter l’introduction du virus dans un élevage pendant les périodes à risque élevé.

La première de ces mesures est d’éviter le contact des oiseaux sensibles avec la faune sauvage et le seul moyen d’y parvenir est le confinement des oiseaux d’élevage pendant cette période. Cela ne remet pas en cause l’élevage en plein air des canards pendant le reste de l’année, mais les conditions de production dans ces périodes à risque doivent être adaptées pour pouvoir permettre le confinement total des animaux dans les bâtiments. Cela nécessite pour des raisons de bien-être des animaux de diminuer la densité des animaux dans les bâtiments et cette diminution de la densité participe à la réduction du risque de propagation du virus en cas d’introduction accidentelle dans un élevage.

Les autres mesures de préventions autour de la biosécurité doivent évidemment être appliquées avec la plus grande rigueur pendant ces mêmes périodes à risque : la moindre faille peut avoir des conséquences sur l’entrée du virus dans l’élevage, en particulier quand la contamination de l’avifaune est importante comme cette saison. La réduction de la distance à laquelle les animaux sont déplacés au cours du process de production est également un point important pour éviter la dissémination du virus sur de grandes distances en cas de positivité non détectée du lot déplacé. En effet, la seule surveillance clinique ne permet pas de garantir le caractère indemne des animaux lors du transfert. Les canards peuvent excréter le virus en grande quantité pendant les quelques jours qui précèdent l’apparition des symptômes. De même, un résultat d’analyse négatif avant transfert n’est valable qu’au moment où le prélèvement a été effectué. Durant la période qui court du prélèvement au résultat d’analyse et au transfert des canards, ceux-ci ont pu se contaminer, et il convient donc de réduire au maximum le délai entre test préalable avant mouvement et déplacement des animaux, en particulier pendant les périodes à risque.

Il va donc falloir à l’avenir être plus rigoureux sur le respect absolu du confinement des oiseaux d’élevage pendant les périodes à risque et diminuer les densités d’animaux et d’élevage pendant ces mêmes périodes pour limiter les risques de propagation en cas d’introduction du virus dans une région de forte production. Tout cela devra être conduit dans le respect très strict des mesures de biosécurité.

La vaccination est-elle une solution pour sécuriser la production en plein air ?

La vaccination suppose plusieurs conditions pour être une solution supplémentaire dans l’arsenal des mesures de prévention exposées ci-dessus :

• Elle doit être autorisée, car pour l’instant, la vaccination contre l’influenza aviaire est interdite en Europe : un pays qui vaccine n’est plus considéré comme indemne au regard de la règlementation sanitaire mondiale et se voit fermer des portes pour l’exportation vers des pays tiers. Cette autorisation nécessite donc une concertation entre les filières avicoles pour peser le risque et une négociation contractuelle entre autorités sanitaires pour justifier de son usage et éviter des réactions commerciales négatives.

• Elle ne peut être envisagée qu’avec des vaccins capables à la fois de prévenir les symptômes chez les animaux infectés et d’empêcher l’excrétion virale chez ces mêmes animaux. Ce n’est pas le cas des vaccins disponibles actuellement. Les progrès dans le domaine de la mise au point de vaccins de nouvelle génération laissent espérer que la production de vaccins efficaces à la fois sur les symptômes et l’excrétion soit envisageable à moyen terme.

• Le vaccin doit être parfaitement adapté à la souche qui circule sur les oiseaux sauvages et en conséquence, compte tenu des délais de production et de mise en œuvre des vaccins, il faut être capable de prévoir quelle sera la nature de cette souche au printemps qui précède la vaccination qui pourrait être mise en place au début de l’automne suivant. Le risque de se tromper de souche n’est donc pas nul.

• Tous ces aléas doivent nous conduire à continuer à explorer cette piste vaccinale, mais sans baisser la garde sur toutes les autres mesures préventives. Les vaccins, même les plus efficaces, peuvent avoir des failles de protection lorsque les contaminations sont massives ou lorsqu’ils ne sont pas parfaitement adaptés à la souche qui circule.

Par ailleurs la biosécurité améliore le statut sanitaire des élevages vis-à-vis de tous les agents pathogènes susceptibles d’y être introduits, pas seulement l’influenza aviaire, alors que la vaccination ne protège que contre cette dernière.